« Tu peux jeter un œil à mon site ? »
C'est la phrase qui arrive presque toujours dans la minute où quelqu'un apprend ce que je fais.
Je mets rarement plus de trente secondes à savoir s'il travaille pour son propriétaire.
Je regarde le design, évidemment. C'est mon métier, je ne vais pas prétendre que l'esthétique m'indiffère. Mais ce n'est pas ce que je regarde en premier. Je commence par vérifier si quelqu'un qui a besoin de ce métier, maintenant, arrive à faire quelque chose.
Le numéro qu'on ne trouve pas
C'est le premier réflexe, et c'est celui qui échoue le plus souvent.
Un client qui cherche un couvreur après un orage ne veut pas lire votre présentation. Il veut appeler. Si le numéro est en pied de page, en petit, sur la page contact uniquement, il est déjà chez quelqu'un d'autre.
Sur un téléphone, ce numéro doit être cliquable. Pas affiché : cliquable. On appuie dessus, ça compose. C'est trois caractères dans le code et je vois encore des sites où ça manque.
Même chose pour l'adresse et les horaires quand vous recevez. Un client qui doit ouvrir un autre onglet pour savoir si vous êtes ouvert le samedi ne reviendra pas.
Les photos qui ne sont pas les vôtres
Le deuxième réflexe, et le plus révélateur.
Une image de banque d'images, ou générée par une intelligence artificielle, se repère instantanément : l'artisan trop souriant, le casque neuf, la lumière parfaite, l'outil tenu par une main qui ne l'a jamais tenu.
Je ne les aime pas, et autant le dire franchement. Une banque d'images vous vend une photo que votre concurrent peut acheter le lendemain. Une image générée, elle, ne montre rien qui ait jamais existé. Dans les deux cas, votre visiteur comprend en une seconde que vous n'aviez rien de vrai à lui montrer.
Or vous avez forcément quelque chose à montrer. Un chantier terminé, un détail de finition, un avant-après.
Prenez le temps de les faire correctement. Une belle lumière, un cadre net, le résultat plutôt que le désordre du chantier autour. Un téléphone récent suffit largement, et si le budget le permet, une demi-journée avec un photographe est probablement le meilleur investissement de tout le projet. Ce sont les seules images de votre site qu'un concurrent ne pourra jamais copier.
C'est aussi ce qui fait qu'on vous croit. Un devis se compare, un chantier réussi se montre.
Ce qui se passe quand j'ouvre sur mon téléphone
Je le fais systématiquement, et souvent en premier.
La majorité de vos visiteurs arrivent depuis un mobile, souvent sur un réseau moyen, parfois d'une main. Un site qu'on n'a jamais ouvert sur un téléphone, ça se voit tout de suite : le texte est minuscule, les boutons sont trop proches, un menu recouvre la moitié de l'écran, une image met quatre secondes à s'afficher.
Ces quatre secondes sont le vrai sujet. On imagine qu'un visiteur patiente. Il ne patiente pas : il revient à ses résultats de recherche et clique sur le suivant. Vous ne saurez jamais qu'il est passé.
Ce qu'on ne voit pas mais qui décide de tout
Un site peut être impeccable à l'écran et invisible dans les recherches.
Ce qui manque le plus souvent, c'est le lieu. Beaucoup de sites d'artisans décrivent parfaitement le métier et ne disent jamais où il s'exerce. « Couvreur » vous met en concurrence avec la France entière. « Couvreur à Périgueux » vous met en concurrence avec vos voisins, et ça, c'est un combat que vous pouvez gagner.
Ensuite viennent les titres de page. Ce sont les lignes bleues cliquables dans Google, et sur beaucoup de sites elles se ressemblent toutes, ou pire, affichent « Accueil ». C'est votre seule phrase de vente avant le clic, et elle est vide.
Ce que je réponds quand on me demande si c'est grave
La plupart de ce que je viens de décrire se corrige sans tout refaire. Un numéro cliquable, de vraies photos, des titres de page écrits, un nom de ville dans les bons endroits : ça se règle en quelques heures sur un site existant, et ça change souvent plus de choses qu'une refonte complète.
Je propose une refonte quand la base ne tient plus : quand le site est lent par construction, impossible à modifier sans appeler quelqu'un, ou bâti sur un outil qui n'est plus mis à jour. Là, réparer coûte plus cher que reconstruire.
Le reste du temps, le problème n'est pas le site. C'est qu'on ne lui a jamais demandé ce qu'il devait faire.



