On croit qu'une refonte, c'est repartir de zéro.
Pour le site lui-même, c'est souvent vrai. Quand on m'appelle pour une refonte, il est rare que la base tienne encore debout.
Ce qui ne repart pas de zéro, c'est tout ce qu'il y avait dedans. Exactement comme un déménagement : on change de murs, on ne rachète pas la vaisselle. Et il y a toujours un carton dont on découvre trois mois plus tard qu'il contenait quelque chose d'important.
Ce qu'on emporte sans hésiter
Vos pages qui reçoivent des visiteurs.
Il y en a toujours moins qu'on ne pense, et ce ne sont presque jamais celles qu'on imagine. Ce n'est pas votre page d'accueil qui fait venir du monde : c'est un article écrit il y a trois ans, une page de service précise, une réalisation que quelqu'un a partagée.
Ces pages ont mis des années à se faire une place. On peut réécrire leur texte ; on ne peut pas racheter leur ancienneté. Avant de toucher à quoi que ce soit, il faut donc savoir lesquelles ce sont. Sans cette liste, une refonte est un déménagement les yeux fermés.
Ce qu'on croit pouvoir garder
« On garderait bien le design, il n'est pas si vieux. »
Je l'entends souvent et je suis presque toujours obligé de répondre non. Pas par goût de tout refaire : parce que ce qu'on me demande de sauver est en général la partie qui ne tient plus. Un site qu'on refait n'est pas un site fatigué. Il est lent, illisible sur un téléphone, impossible à modifier sans appeler quelqu'un, ou bâti sur un outil que plus personne ne met à jour.
Repeindre là-dessus coûte deux fois. Une fois la peinture, une fois la vraie refonte, dix-huit mois plus tard. On ne déménage pas pour remonter les mêmes meubles cassés dans le nouveau salon.
Ce qui se transporte, ce n'est pas l'apparence. C'est ce qui vous appartient vraiment : vos textes quand ils sont bons, vos photos, ce que vos clients savent déjà de vous, et les adresses de vos pages. Le reste, on le refait, et c'est précisément ce que vous payez.
Les cartons qu'on ne rouvre jamais
Tous les sites en ont.
Des pages de service écrites une fois et jamais relues. Des actualités de 2019. Trois versions de la même page « Contact » créées à des moments différents. Une page de mentions légales qui parle d'une entreprise qui a changé de nom.
Le réflexe est de tout reprendre, par crainte de perdre quelque chose. C'est le meilleur moyen de refaire le même site en plus récent.
Une refonte est l'un des rares moments où l'on peut décider qu'une page n'a plus lieu d'être. Cinq pages minces qui disent la même chose valent moins qu'une seule qui la dit bien. Supprimer est une décision : elle demande juste d'être prise exprès, et pas par oubli.
Ce qui retarde toujours
Ce n'est jamais le développement.
Un site attend les textes et les photos. On imagine que le contenu existant fera l'affaire, puis on le relit et on découvre qu'il a été écrit dans l'urgence, pour une structure qui n'était pas la même, à une époque où l'offre était différente.
Recycler ces textes tels quels est la plus mauvaise économie d'une refonte. Vous payez un site neuf pour y remettre ce qui ne fonctionnait pas.
Prévoyez ce temps d'écriture au calendrier, au même titre que le reste. Un projet qui glisse de deux mois glisse presque toujours là.
L'adresse qu'il faut penser à faire suivre
C'est l'étape technique qu'on saute, et celle qui coûte le plus cher.
Quand une page change d'adresse ou disparaît, il faut le dire. Cela s'appelle une redirection : l'ancienne adresse continue d'exister juste assez longtemps pour renvoyer poliment le visiteur vers la nouvelle. Et Google avec lui.
Sans elle, quelqu'un qui clique sur un lien vieux de deux ans tombe sur une page d'erreur. Le piège, c'est que ça ne se voit pas le jour de la mise en ligne : le site est neuf, tout fonctionne. La chute arrive trois semaines plus tard, quand plus personne ne fait le lien avec une ligne de configuration oubliée.
Ce qu'on y gagne vraiment
Le plus grand bénéfice d'une refonte n'est presque jamais celui qu'on attendait.
On refait son site pour qu'il soit plus beau. On découvre après coup que le vrai changement, c'est de pouvoir modifier un tarif un dimanche soir sans appeler personne. Ajouter une réalisation le jour où on la termine. Corriger une faute repérée par un client sans que ça devienne un dossier.
Cette autonomie ne vient pas toute seule. Elle se décide au moment de la conception et elle se paie en temps de formation à la livraison. C'est la question à poser avant de signer, pas après : est-ce que je pourrai m'en occuper seul, et jusqu'où ?
Ce qui décide vraiment
Ce qui décide, c'est de savoir ce que le site actuel fait de bien avant d'y toucher. Quelles pages travaillent, quels textes vous ressemblent, ce que vos clients trouvaient pratique et que personne n'a pensé à noter.
Une refonte qui ignore cette question produit un site plus joli et moins efficace. C'est le résultat le plus fréquent, et le plus difficile à faire admettre : tout le monde autour de la table trouve le nouveau site meilleur, sauf les chiffres.



